
Ensuite, nous reprenons la route direction sud-est pour rejoindre Gaziantep, puis la frontière syrienne. A travers le brouillard, nous devinons les montagnes qui entourent le Mt Aergius et plus loin le ciel se découvre sur une steppe aux collines brunes et souples. Nous nous imaginons en Mongolie ou en Iran ! Après un col à 1800m commence la descente...les pins succèdent aux cèdres, puis nous retrouvons les oliviers de la campagne méditerranéenne. Le lendemain nous traversons le no man’s land barbelé qui sépare Turquie et Syrie, coincés entre trois cars iraniens chargés de femmes en noir, des pèlerins. Les bureaux des douanes syriennes sont encombrés de piles de vieux dossiers, de paperasses jaunies qui nous laissent présager le temps que nous allons y passer après avoir dérangé le préposé, en pleine fumette de son narguilé ! Au bout de nombreux allers retours d’un local à un autre, après qu’Eric ait répété à cinq personnes différentes le modèle - la différence entre le nom du modèle (2CV) et le nombre de ses chevaux fiscaux (3CV) produit toujours une grande perplexité !- et l’année du véhicule, que tout le monde nous ait gratifié d’un généreux « Welcome in Syria ! », soit deux heures plus tard, nous entrons en Syrie !
A nouveau nous découvrons un autre monde, seuls les minarets et l’appel du muezzin se répondent dans les deux pays. L’arrivée dans le casse-tête urbain d’Alep forme une nouvelle épreuve pour l’entente pilote-copilote à bord de la 2CV... Impossible de s’orienter car les rares panneaux en écriture latine sont masqués par des feux, des pancartes, des câbles électriques ; la 2CV est coincée entre des vieilles Cadillac et autres cachalots américains retapés, la conduite se fait les yeux fermés (si ça passe, Allah est grand !), à grands coups de Klaxon et toutes les rues sont à sens unique dans le mauvais sens ! ! On nous avait beaucoup parlé de la mauvaise conduite des automobilistes turcs avant notre départ, mais dans ce domaine, les Syriens remportent la palme !
Heureusement, Abdullah notre ange gardien nous sauve. Rencontré dans la rue, alors que nous admirions l’affiche peinte d’un film de kung-fu, il est guide et parle parfaitement français. Notre méfiance bête nous souffle qu’il va essayer de nous vendre un de ses tours organisés, mais pas du tout...il nous aide à trouver une place de parc pour quatre jours et nous offre le thé sans rien nous demander en échange. Encore une claque pour nos préjugés !
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